La Charrette Fantôme (FR)

Date de sortie 14 janvier 1940 (1h 33min)
Nationalité Français

SYNOPSIS ET DÉTAILS

Chaque année à la Saint-Sylvestre, au dernier coup de minuit, la charrette fantôme apparait a la recherche d'un nouveau conducteur. Au dernier coup de minuit un homme meurt pour conduire le triste convoi. David Holm est un mauvais garçon, maltraitant sa femme, ses enfants, et son frère. Au cours d'une énième beuverie avec son ami Georges, une bagarre éclate entre les deux hommes : Georges succombe d'un coup de couteau, alors que sonne le dernier coup de minuit.... 

 

La Charette fantôme Par  — 26 septembre 2001 

D'abord, le survol des toits d'une ville, un décor de pâte d'amande à peine camouflé. Ça finira plus mal encore, avec Pierre Fresnay en fantôme et Louis Jouvet en «grande faucheuse», chuchotant pendant plus d'un quart d'heure en surimpression.

 

Julien Duvivier réalise la Charrette fantôme en 1939, la même année que la Fin du jour.

 

Le film s'ouvre un soir de Noël et de soupe populaire, où les «déchus» s'attroupent autour des braseros et des bonnes âmes de l'Armée du Salut. Face à soeur Edith (Micheline Francey) au blanc visage dégoulinant de foi, les yeux aveuglés de bonté, en constante extase, il y a David Holm (Pierre Fresnay), l'ancien souffleur de verre devenu alcoolique, parce que le feu lui a «mangé un poumon». A ses côtés, Georges (Louis Jouvet), dit «l'Etudiant», parce qu'il a failli étudier, qu'il a «toujours failli...» «Le travail ça salit, ça fatigue et ça déshonore, dit Georges. Est-ce que ça a jamais rapporté des sous à personne? Les riches, est-ce que ça travaille?» On parle aussi de cette vieille légende... Une charrette qui grince, un attelage conduit par «le larbin de la mort» que seuls entendent ceux qui vont disparaître. L'homme qui meurt lors des douze coups de minuit, le soir de la Saint-Sylvestre, devient à son tour le larbin de la mort...

 

Duvivier signe avec sa Charrette fantôme un remake du film fantastique suédois de Victor Sjöström, réalisé en 1920, d'après le roman de Selma Lagerlöf. Dans l'asile de l'Armée du Salut, ce sont casquettes de «Damnés» contre chignons de «Salutistes». Chacun s'accroche à ses signes. Aux prières des saintes répondent les superstitions des laissés-pour-compte. Mais les unes ne sont pas moins précieuses que les autres, et la transe atteinte à force de prières et de chants ressemble fort au délire provoqué par l'alcool... David frappe et boit, mais c'est Edith qui est condamnée par une vilaine toux. David pèche et David ressuscite. Duvivier, le «cinéaste du pessimisme», va sauver in extremis un être déchu, contrer la fatalité à grands coups de sacrifices, de rédemption, d'exorcisme collectif et d'une fin au lyrisme abracadabrant.

 

L’histoire :

 

Pendant que son ami craint de rendre l’âme et de recevoir la visite de la charrette fantôme, David Holm, un sans-logis, fait une rencontre qui pourrait bien changer sa vie en croisant le chemin de sœur Edith, une jeune religieuse résolue à le sortir de l’ornière.

 

Critique subjective :

 

Réalisé en 1939 par Julien Duvivier, La charrette fantôme est, depuis sa sortie, considéré, à juste titre, comme l’un des fleurons du cinéma fantastique hexagonal. Le métrage a donc tout à fait sa place à côté des Yeux sans visage ou de La Belle et la bête, deux autres grands classiques du genre en France.

 

Peut-être plus encore qu’une œuvre fantastique, le film de Duvivier est une saisissante peinture sociale, une plongée dans la misère. Bienvenue chez les pauvres, les clochards, les sans-logis. Hommes et femmes en haillons, tiraillés par la faim et souvent rongés par la boisson. Les fantômes d’une existence confortable désormais lointaine.

Parmi eux, il y a « L’étudiant », un homme que l’instruction n’a pas préservé de la rue. Il raconte l’histoire de la charrette fantôme, un véhicule que conduit un terrifiant charretier, missionnaire de la grande faucheuse remplacé chaque 31 décembre à minuit par le dernier malheureux dont il vient prélever l’âme.Seuls ceux dont la fin est imminente peuvent entendre les effroyables grincements produits par les roues du véhicule ectoplasmique. Poignardé lors d’une rixe, L’étudiant craint de mourir et de devoir endosser le rôle du charretier pour un an.

Unique lueur dans cette ambiance pesante : Sœur Edith (Micheline Francey), une jeune religieuse qui, animée par une inébranlable foi en l’être humain, se tue littéralement à la tâche, se consacrant corps et âme au nouveau refuge ouvert par le secours catholique. Elle s’intéresse tout particulièrement à David Holm (Pierre Fresnay), un miséreux qu’elle pense pouvoir remettre sur le droit chemin.

 

Conte fantastique superbement éclairé et mis en scène (voir notamment ces plans magnifiques sur les visages des comédiens), La charrette fantôme constitue également un témoignage cinématographique sur une sombre époque, celle à laquelle la France et l’Europe s’apprêtaient à traverser leurs heures les plus noires. Impossible de ne pas faire le parallèle entre l’inéluctable venue de la charrette et la montée du péril nazi (Duvivier allait d’ailleurs s’exiler aux Etats-Unis peu de temps après la fin du tournage). Si l’on relève bien quelques éclairs d’espoir dans le métrage (la rédemption semble toujours possible), l’ambiance n’en demeure pas moins profondément pessimiste, sinon désespérée, comme marquée au sceau du contexte historique dans lequel le film fut réalisé.

 

Verdict :

 

Revêtant un intérêt à la fois cinématographique (esthétiquement, le film est un sans faute) et historique (le métrage est une puissante métaphore sur son époque), La charrette fantôme est une œuvre à (re)découvrir. Un classique tout sauf poussiéreux.

 

Julien Duvivier (1896-1967) est un cinéaste que l’on peut considérer comme un des actes majeurs du cinéma, au moins vu sous l’angle français. Sa filmographie est inégale, le meilleur n’avoisine toutefois pas le pire, tout au plus ses films sont plus ou moins réussis. Citons « Golgotha » (1935); « La Bandera » (1935); « La Belle Equipe » (1936); « Pépé Le Moko » (1937). Remarquons la présence dans ces films de Jean Gabin, auquel Duvivier apportera une contribution à en faire un mythe, avec la complicité de Renoir et Carné. Après la guerre, la série des « Don Camillo » avec Fernandel lui vaudra un franc succès, en faisant rentrer dans l’ombre des films qui sont sans doute plus aboutis pour les cinéphiles.
Le fantastique est assez peu abordé par le cinéma français d’alors. Les Allemands et dans une certaine mesure les Américains en sont plus friands. Ici, Duvivier reprend un thème déjà abordé aux temps du muet par le Suédois Victor Sjöström en 1920, celui de mort qui vient chercher les vivants. Ce thème est visité de diverses manières selon les pays et les croyances. Chez les Bretons, c’est l’Ankou qui rôde avec sa faux et qui vient frapper à la porte. Ici c’est une charrette qui rôde le 31 décembre à minuit aux douze coups de l’horloge.  Le grincement de ses roues et sa vue épouvantent ceux qui connaissent sa signification. Une âme en peine devra errer en la conduisant jusque au prochain réveillon avant de connaître le repos éternel.

Le film se déroule dans un milieu populaire, misérable,  où les bons côtoient les mauvais. Dans les mauvais, on trouve David Holm (Pierre Fresnay), individu violent et ivrogne. Parmi ses copains de misère, David (Louis Jouvet) connaît la légende de la charrette et se garde bien de se trouver là où il ne faut pas. Une soeur salutiste (Marie Bell), tente de ramener David dans le droit chemin, mais celui-ci arrogant et fier tente de la dissuader par tous les moyens. Au fil des scènes, on contemple non sans en apprécier la qualité, comment tout ce petit monde tient son destin entre ses mains. Au fameux soir de la Saint Sylvestre, avant et pendant que la charrette apparaît, le destin  tournera les choses à sa manière.
Le films qui décrivent le milieu social des années 30 sont assez nombreux  dans le cinéma français de cette époque. On peut citer à juste titre « La Belle Equipe » de même cinéaste, « Le Jour Se Lève » de Marcel Carné, « La Bête Humaine » et »Le Crime De Monsieur Lange » de Jean Renoir. qui donnent un bon reflet de la condition ouvrière, pas toujours facile. Dans le film qui nous intéresse, en faisant abstraction du côté fantastique, on retrouve aussi cette étude. Pierre Fresnay quitte un peu ses rôles distingués pour aborder avec réussite, celui d’un personnage peu recommandable. Louis Jouvet est toujours égale à lui-même, il sait toujours donner du relief à ses rôles. Bien qu’il semble toujours avoir détesté le cinéma, on ne peut pas dire qu’il minimise ses rôles. Parmi la distribution, on ne peut que se féliciter de la présence de Robert Le Vigan, un très grand second rôle, vedette en devenir qui brisa sa carrière en  suivant Céline dans la collaboration.  Marie Bell est parfaite comme dans la plupart de ses films, presque un peu trop classe pour une dame qui voue sa vie à sauver des âmes.
Sans être le film absolu, « La Charrette Fantôme » mérite une redécouverte, d’abord parce que c’est un film fantastique et aussi pour le plaisir de retrouver une pléiade de bons acteurs qui conduisent le film de bout en bout.

La Charrette fantôme

 
 
 
 
 
 
À la sortie, la critique hésite entre la dithyrambe et la déception. Champion toutes catégories de la première, Maurice Bessy dans Cinémonde : "Il faut s’incliner très bas devant ce film miraculeux qui nous étonne par sa facture audacieuse, ses éléments les plus futiles, sa supériorité artistique... C’est un film qui remue, emporte. Un film vertigineux qui vous prend à la gorge et qui, s’il vous fait pleurer, n’utilise ni cadavres de gangsters, ni morale de Bibliothèque Rose. Je dirai même qu’au travers de cette histoire assez triste et propre à exciter la pitié, passe comme un grand souffle d’air pur, de rédemption... La Charrette fantôme n’est pas précisément un film gai, mais ce n’est pas non plus un film décourageant, désespéré... nous ne sommes plus sur le plan terrestre, et il faudrait, pour parler de ce film, disposer de ces mots que nous devinons parfois au plus profond de notre cœur, mais [qui] ne font pas encore partie du vocabulaire des hommes... Ces fantômes que sont généralement les personnages de l’écran, trouvent subitement leur véritable climat. Ils sont enfin chez eux et vivent une existence magique qui dépasse la critique. Il faudrait s’étendre pendant des pages et des pages sur ce film, riche en matière spectaculaire, plus fertile encore en réflexions, en chocs émotifs et artistiques...".
    


Plus mesuré, toujours dans Cinémonde, Claude Méjean s’interroge sur la part fantastique du Français
 Le Français est capable, malgré tout, de mettre de 

côté la logique et le bon sens dont il semble avoir reçu plus que sa part, pour se

laisser aller aux joies coupables de l’imagination auxquelles les Américains, en

grands enfants qu’ils sont, s’abandonnent sans arrière-pensée... La légende

brumeuse, faite pour être illustrée seulement par les rêves d’enfants 

délicieusement épouvantés, exige la plus grande délicatesse des mains qui 

veulent la convertir en images tangibles. Ce risque, Duvivier l’a superbement

évité... Le charme subsiste d’un bout à l’autre. Avec un savant crescendo, pour

ne pas rebuter dès l’abord nos cervelles raisonneuses, on a dilué le mystère 

goutte à goutte dans la réalité... De la Nature elle-même, le metteur en scène 

s’est fait une alliée... N’est-elle pas l’abri des puissances du Bien et du Mal, cette

forêt aux fûts droits où les rayons de soleil tombent comme au travers des 

vitraux d’église, où les feuilles et le torrent mêlent leurs éternelles incantations... ". 

 



Curieusement, Claude Vermorel, dans Pour vous, salue au contraire le réalisme
du propos : "Cette aventure, pour un nordique, est peut-être pleine de frissons. Duvivier l'a traitée avec un réalisme impitoyable, une sûreté technique qui
laisse peu de prise à la féerie. Film de grand metteur en scène, de virtuose quant
il n'eût fallu, peut-être, qu'un poète ou un humoriste".
On devine des réticences, qui, ailleurs, seront beaucoup plus vives et beaucoup
plus franchement exprimées, ainsi dans Gringoire : "Le scénario de monsieur
Duvivier est pléthorique. L’intérêt s’éparpille entre des personnages de second
plan dont les aventures nous sont rapportées avec le même luxe de détail que
celles des trois héros. Cette accumulation d’épisodes secondaires déséquilibre le
récit... Il y a, dans le film parlant, un élément de matérialité qui le rend moins
propre que le film muet au développement de sujets fantastiques. Si, pourtant, il prétend aborder ces derniers, la logique veut qu'il demande moins à l'image
pure qu'au bruit et au verbe".  De fait, comme de juste, beaucoup comparent le
film de Duvivier à la version réalisée par Victor Sjöstrom [La Charrette fantôme (Korkalen) (1920) de et avec Victor Sjöstrom, Hilda Borgström et Tore Svennberg], et cette comparaison n’est guère enthousiaste : "

Il manque quelque chose à cet ensemble d’éléments techniques admirables, une

chose qui, précisément, faisait la valeur essentielle du film suédois : la poésie",

lit-on dans Marianne, tandis que René Bizet considère que "Duvivier a eu tort

de" situer ici, là-bas ou ailleurs "la légende de la charrette des morts qui a besoin

de son atmosphère natale pour être admise par un public français peu enclin

aux effrois du mystère". Sur cette technique, toujours dans Gringoire, Georges Champeaux la trouve déplacée dans le film de Duvivier : "dans un film [celui de Sjöstrom]où les personnages étaient tous, du fait de leur mutité, des matières de fantômes, la surimpression n’avait rien de surprenant. Dans un film où les

acteurs parlent, elle est choquante".

Du haut de sa soixantaine de films, Julien Duvivier représente ce cinéma français dit « officiel » contre lequel La Nouvelle Vague s’est élevée. Une posture un brin pédante qui, à l’aune du cinéma américain découvert après la libération, tend à stigmatiser tout un pan du cinéma français auquel il lui est reproché tout à la fois son manque d’originalité et de créativité. Or, si cette Nouvelle Vague a incontestablement apporté un souffle nouveau au cinéma français, elle n’a pas non plus généré que des chefs d’œuvre, et a elle-même fini par se prendre les pieds dans le tapis d’un certain conformisme et d’une autosatisfaction assez insupportable. S’il ne compte pas parmi les cinéastes les plus réputés de l’hexagone, Julien Duvivier est considéré comme un grand technicien qui n’en a pas moins égalé les plus grands le temps de deux films (La Bandera en 1935 et La Belle Équipe en 1936) qui l’ont propulsé au sommet de la hiérarchie au côté de Jean Renoir, Marcel Carné ou encore René Clair. Au sein de sa pléthorique filmographie, La Charrette fantôme aurait tendance à être quelque peu oublié alors que ce film s’inscrit brillamment dans la lignée d’un fantastique poétique à la française et néanmoins parfaitement ancré dans la réalité sociale du pays.

 

Une légende raconte que celui qui meurt la nuit de la Saint Sylvestre, au moment où sonnent les douze coups de minuit, se retrouve condamné à venir chercher les âmes des trépassés durant une année à bord de la charrette fantôme. C’est cette légende que Georges, dit l’étudiant (Louis Jouvet), narre à quelques compères chômeurs au coin du feu, dans le froid du mois de décembre. A l’inverse de ses camarades, le désabusé et aigri David Holm (Pierre Fresnay) et le rigolard Gustave (Henri Nassiet), George y croit profondément. Tant et si bien qu’après avoir fini à l’hôpital à la suite d’une agression au couteau, il précipite sa mort alors qu’il souhaitait justement éviter de succomber à ses blessures lors des douze coups de minuit fatidiques. De son côté, David erre dans les rues, quelque peu orphelin de Georges qui jouait les chefs de bande. Ses pas le conduisent dans le refuge pas encore inauguré de l’Armée du Salut où l’accueille à bras ouverts Sœur Edith (Micheline Francey), une belle âme qui fera tout son possible pour que David retrouve goût à la vie.

 

Adapté du roman Le Charretier de la mort de Selma Lagerlöf, La Charrette fantôme fait suite à une première version réalisée en 1921 par Victor Sjöström. A l’origine du livre, il y a une demande de l’Association suédoise de lutte contre la tuberculose à laquelle l’auteure s’est pliée de bonne grâce, étant particulièrement sensible au sujet. Toutefois, Selma Lagerlöf s’est quelque peu éloignée du livre éducatif souhaitée pour évoquer la misère sociale qui frappait la Suède à cette époque, tout en lui conférant une dimension mystique via la légende de la charrette fantôme. Transposé dans la France de l’entre-deux-guerres, son récit ne perd rien de sa dimension fantastique et sociale.

La France de 1938 (année de tournage) se ressent encore de l’importante crise économique qui a frappé le pays à partir de 1931, et qui se double d’une crise politique après la fin du Front Populaire. L’archaïsme des structures économiques du pays est alors apparue dans toute sa splendeur et constitue un important obstacle à la reprise. Tant et si bien que le nombre de chômeurs commence à croître et que l’activité économique peine à retrouver son niveau de 1930. C’est donc cette misère que Julien Duvivier décrit à travers le destin de David Holm, souffleur de verre sans emploi depuis qu’il a perdu un poumon. Il nous dépeint une France peuplée de chômeurs et de sans logis qui semblent dépourvus de la moindre envie de s’en sortir. Sous l’influence de Georges, David et Gustave refusent le moindre petit boulot pour se contenter de la mendicité. Et du maigre pécule récolté alors, ils s’en servent pour se réchauffer le gosier à coup de grandes rasades d’alcool dans un troquet du bord des docks. Ils vivotent ainsi, profitant de la générosité d’autrui caractérisée par l’action menée par l’Armée du Salut qui, non contente de leur servir quotidiennement une soupe chaude en hiver, a investi dans l’aménagement d’un refuge muni de tout le confort, douche comprise. Ce refuge se veut une main tendue envers les plus démunis, un havre de paix dans lequel ils pourront momentanément oublier la dureté de leur quotidien, mais certainement pas une fin en soi. Or, il apparaît que tous ces chômeurs et sans logis paraissent se satisfaire de leur situation. D’aucuns donnent même rendez-vous l’année suivante aux Sœurs qui tiennent le lieu, preuve de leur manque de volonté à essayer de s’en sortir…ou d’un sérieux manque de foi.

Considéré comme un grand rigoriste, Julien Duvivier imprègne son film de thématiques religieuses au travers de la relation qui se noue entre l’irascible David Holm et Sœur Edith. Il est alors question de don de soi, de rédemption et de pardon. David n’est plus que haine envers la société à laquelle il reproche son incapacité à exercer son métier. Plutôt que de tourner la page et d’essayer de s’en sortir autrement, il ressasse sans cesse son malheur et se complaît dans une posture de victime. C’est un personnage bien peu sympathique qui délaisse femme et enfants pour mieux noyer son amertume dans l’alcool. A force, il s’est forgé une image de rustre que seul le regard compatissant de Sœur Edith parvient –occasionnellement– à attendrir. A l’inverse, Sœur Edith est une sainte qui se dévoue corps et âme à sa tâche. Elle ne ménage pas sa peine et fait tout son possible pour ramener David dans le droit chemin. Armée d’une gentillesse à toute épreuve et d’une foi inébranlable en l’homme, Sœur Edith se heurte néanmoins à un os. David a beaucoup trop de rancœur en lui et une fierté déplacée qui l’incite à repousser son aide. Il essaie pourtant de changer, mais il se décourage vite et renoue avec ses vieux démons. Il a tout de la cause perdue à laquelle Sœur Edith s’accroche en dépit d’un état de santé plus que précaire et des conseils de son entourage l’encourageant à laisser tomber. Le chemin de croix n’est pas loin. Cependant, en dépit de ces thématiques religieuses, Julien Duvivier a le bon goût d’éviter toutes bondieuseries, ainsi que les excès d’angélisme. La Charrette fantôme est avant tout un conte très noir, dont la brève lueur d’optimisme de la fin ne saurait effacer le dur prix à payer pour l’obtenir.

A ce titre, il est difficile d’occulter le contexte historique du film, auquel l’élément fantastique, qui n’est ni plus ni moins qu’une représentation de la Grande Faucheuse, renvoie inévitablement. A l’heure où la montée du fascisme et du nazisme commençait à effrayer toute l’Europe, le lancinant grincement des roues de la charrette fantôme évoque le cliquetis des chenilles des chars à venir. En introduisant très tôt l’élément fantastique, Julien Duvivier nimbe son film d’une aura funeste et pesante. Alors que la mort ne nous apparaît dans sa représentation physique que trois fois, celle-ci plane immanquablement au-dessus des personnages tout au long du film, compagne infatigable aux choix parfois injustes. Avec ces personnages de marginaux et de chômeurs, Julien Duvivier nous dépeint un pays déjà exsangue et pas du tout préparé aux événements qui s’annoncent. Un pays aussi recroquevillé sur lui-même et ses petits problèmes que ne l’est David, hermétique aux suppliques de Sœur Edith jusqu’à ce qu’elle exhale son dernier souffle, comme la France le sera face aux souffrances des peuples tchécoslovaques et polonais.

 

Dernier film sur le sol français avant l’exil de Julien Duvivier aux Etats-Unis, La Charrette fantôme dresse en creux un portrait peu flatteur de la France, nous la décrivant déboussolée, peu combative, mais pouvant néanmoins compter sur le total dévouement de certaines bonnes âmes allant parfois jusqu’au sacrifice. Film tout à la fois sombre et poétique, La Charrette fantôme s’impose comme un fleuron du cinéma fantastique hexagonal, ainsi que comme un bel instantané d’une période particulièrement délicate.

 

 

 

 

 

 

 

MON CINÉMA À MOI....

 

Avec ce film, Julien Duvivier (La Bandera, La Belle Equipe, Pépé le Moko, Voici le Temps des assassins, Carnet de Bal...) fait office de véritable précurseur du cinéma fantastique français, ouvrant la voie aux chefs-d'oeuvres de Maurice Tourneur, Marcel L'Herbier, annonçant "Les Visisteurs du Soir" ou les films de Jean Cocteau.

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