The long excuse Extraits de presse

Sachio, romancier aussi célèbre que cynique, est marié à Natsuko mais il y a bien longtemps que leur amour s’est envolé. Yoichi est l’époux de Yuki, la meilleure amie de Natsuko. Chauffeur routier, il s’use à la tâche pour faire le bonheur de son épouse adorée et de leurs deux enfants. Les deux amies périssent brutalement lors d’un accident de bus. A l’image de leurs vies, la réaction des deux hommes sera opposée. Quand Sachio ne ressent aucune tristesse et doit feindre l’affliction, Yoichi est inconsolable. Bouleversé par le chagrin de ce dernier, Sachio lui propose son aide. Face au quotidien humble et difficile de cette famille, l’écrivain va peu à peu s’ouvrir à la compassion et à l’altérité, et réalisera la perte qu’est la mort de sa femme.

Le jour où sa femme s’est tuée dans un accident de car, Sachio, écrivain à succès déprimé et cynique, était dans les bras d’une autre. Vide, hébété, le veuf encaisse le choc en somnambule, enfermé dans une sorte de purgatoire affectif. Sa rencontre avec Yoichi, le mari d’une autre victime du drame et père de deux enfants, va tout changer… The Long Excuse est un film hanté par les fantômes de deux couples radicalement opposés. C’est une histoire d’amours mortes et d’amitiés vivantes, qui explore avec tact les différentes facettes du deuil, ou plutôt des deuils, dissemblables et fragmentés. Délicate mosaïque de séquences modestes, quotidiennes — un tri de photos, une sortie d’école, un verre au bar —, le film est touchant, singulier, tant qu’il préserve l’opacité de son héros blessé. Dès lors que ce dernier entreprend de s’aider lui-même en aidant les autres et se transforme en super-nounou pour bambins, le récit emprunte les chemins balisés de la rédemption made in Hollywood. La délicatesse des interprètes (même les plus jeunes) et la grâce discrète de la mise en scène permettent pourtant de dépasser le simple mélo. D’accepter les péripéties de cette « longue excuse ».

The Long Excuse est le premier des cinq long-métrages de Miwa Nishikawa à sortir en France, ainsi que l’adaptation de son propre roman éponyme. Sachio est un écrivain à succès, qui perd soudain sa femme dans un accident de car. Enfermé dans un égocentrisme aveuglant depuis des années, il se rend alors compte que cette perte ne provoque chez lui aucune émotion. Placé en témoin de la tentative de rédemption de ce personnage antipathique, voilà donc le spectateur livré à l’inévitable leçon de vie comme quoi il faut profiter du moment présent, et des êtres chers tant qu’ils sont là. Ce programme tendrait inévitablement à l’asphyxie du film, s’il ne parvenait à s’extraire dans sa dernière partie de cette voie pavée de lieux communs.

Reprendre vie

Miwa Nishikawa fait en effet le choix de dévier quelque temps de son scénario en ligne droite pour s’intéresser à l’intimité d’une famille en recomposition. Car Sachio n’est pas le seul à avoir perdu sa femme dans cet accident. Face à l’effondrement de Yoishi, un chauffeur de camion veuf lui aussi suite à l’accident de car, l’écrivain propose de venir s’occuper de son fils et de sa fille durant ses longues journées d’absence sur les routes. Or c’est pendant ces scènes de quotidien que le film s’éveille enfin à la vie. Sachio regarde ces enfants qui parviennent à se débrouiller sans son aide, essayant de comprendre comment ils fonctionnent. La situation offre à à la réalisatrice l’occasion de s’arrêter dans le petit espace de l’appartement fourmillant de détails et d’objets que les enfants utilisent à leur guise. La caméra se place à la bonne distance, ne se contente plus d’isoler des visages, captant les maladresses qui jonchent cette cohabitation et construisent les bases d’une relation familiale. Les jeunes acteurs improvisent, entraînant le comédien / personnage à les suivre. Sachio se rapproche ainsi de l’aîné, garçon travailleur et orgueilleux en qui il se reconnaît, ce dernier commençant à se considérer comme un élément supérieur de cette famille aux origines sociales modestes. L’écrivain décide alors de s’atteler à prévenir la reproduction de sa propre trajectoire, nous ramenant invariablement dans l’entreprise de rachat moral annoncé par le titre. Mais un contact entre les personnages existe désormais, comme cet échange de regard silencieux par-dessus un cahier de devoir, dans l’obscurité d’une chambre d’enfant. Ces quelques instants suffisent à faire décoller le film : le drame humain s’articule désormais autour de la question de l’absence, fonctionnant par petites touches émotionnelles. « Être là » devient tout l’enjeu que poursuit Sachio, et son retour au monde s’accompagne de la naissance de son personnage à l’écran en même temps que la révélation sensible de tout ce qui l’entoure.

 

«L'enfer, c'est les autres». C'est en tout cas ce que pense Sachio, romancier aussi célèbre que taciturne, qui n'a jamais digéré le fait de porter le nom d'un joueur de baseball encore plus connu que lui. Il est interprété par l'un des acteurs nippons les plus appréciés du moment, Masahiro Motoki («Departures»), qui donne une carapace ultra-sensible à cet homme que l'on apprend vite à haïr pour mieux l'aimer quand il apprend le goût de la vie au contact de la famille de Yoichi. Premier film de Miwa Nishikawa à être distribué en France, «The Long Excuse» révèle une écriture sensible et appliquée qui prend son temps pour dresser le portrait d'un homme complexé par l'amour. La parenté avec le cinéma de Hirokazu Kore-Eda («Tel père, tel fils») n'est pas fortuite : Miwa Nishikawa était son assistante sur «Distance» et le cinéaste avait produit le premier essai de la réalisatrice.

Comme nous l'avions noté dans notre chronique de Close-Knit, sélectionné aux côtés de The Long Excuse en compétition au Festival Kinotayo, il y a d'autres femmes cinéastes japonaises cachées dans la grande ombre de Naomi Kawase. Nous vous avons parlé ces dernières années de jeunes espoirs dans des registres aussi différents que Ayumi Sakamoto (le drame Forma) ou Mari Asato (les films d'horreur Bilocation, Zero), mais Miwa Nishikawa (réalisatrice de The Long Excuse) comme Naoko Ogigami (Close-Knit) appartiennent à une autre génération qui n'a jamais été distribuée chez nous. C'est désormais le cas pour Nishikawa qui accède enfin aux salles françaises.

The Long Excuse appartient à un genre que le public français a pu apprivoiser : le mélodrame familial japonais, ici dans la lignée d'un Kore-Eda. Ce n'est peut-être pas un hasard si le ton de ce drame doux-amer, qui n'élude pas la noirceur mais dont le cœur bat fort, rappelle en partie le réalisateur de Tel père tel fils, car Nishikawa a été son assistante. Avant le drame terrible (deux amies, chacune mariée, périssent alors qu'elles partent en vacances), Nishikawa ouvre son film par une scène d'une douceur intimiste (l'une des héroïnes coupe les cheveux de son mari) mais déjà s'installe une tension entre eux. Sachio, romancier, n'a selon toute évidence que peu de considération pour son épouse. Mais le drame survient et quelle rédemption possible après ?

Nishikawa n'est pas là pour envoyer une carte postale réconfortante sur le deuil. Dans The Long Excuse, sous les cerisiers d'hanami, on a plutôt tendance à s'engueuler. Si le film envisage une possible réconciliation (avec soi-même, avec ses remords), il n'efface pas l'amertume : le silence de la solitude renvoie au silence de l'accident, et des disparues il ne reste que des photos, des cendres, un dessin sur le frigo. Nishikawa, à la fois critique et généreuse envers ses personnages masculins imparfaits, porte un regard délicat sur tout cela, ce tumulte intérieur, violent et étouffé. Idée de montage à la fois naïve et extrêmement poétique, à un plan de bulle s'élevant dans le ciel pour éclater succède un grand feu d'artifice muet. C'est en ne commentant pas trop que Nishikawa brille le plus, lorsqu'elle associe le vertige de la perte et le sens du détail comme autant de nuances dans ce poignant portrait.

Sa finesse d'exécution et le regard qu'il porte sur ses personnages, ainsi que sa manière d'évoquer la société nippone à travers son stakhanovisme et son refus de l'émotion affichée, attestent son talent et sa personnalité.

 

The Long excuse est le cinquième film de la cinéaste japonaise, Mira Nishikawa, mais seulement le premier distribué en France. On peut le regretter, tant cette ancienne assistante de Kore-eda, creuse avec beaucoup de sensibilité le même sillon que son maître, celui du drame intimiste et familial. Avec cette histoire de deuil partagé entre deux hommes que tout oppose, elle explore ainsi magnifiquement la complexité des sentiments et de l’âme humaine, dans une réalisation toute en élégance et en sobriété.

 

Un écrivain renommé et désabusé

La scène introductive du film dans laquelle Sachio – bouleversant Masahiro Motoki – se fait couper les cheveux par sa femme avant que celle-ci parte rejoindre une amie pour le week-end, est un chef-d’œuvre de concision. En quelques plans et peu de mots, elle suffit à exposer toute la complexité de son personnage principal. Écrivain renommé et désabusé, marié depuis 20 ans à Natsuko pour laquelle il n’éprouve plus guère de sentiment, Sachio est un homme plein de rancœurs et de regrets.

 

La disparition brutale de sa femme et de son amie dans un accident d’autocar, le laisse apparemment indifférent. Son cynisme le pousse même à mettre en scène son chagrin pour les caméras, lors de la cérémonie funèbre. Mais l’irruption de l’autre veuf, Yoichi, le mari de l’amie de sa femme, qui lui est inconsolable, va bouleverser sa vie. En permanence dans son camion pour faire vivre sa famille, cet humble chauffeur routier ne parvient à élever seul ses deux jeunes enfants. Sachio, fasciné par cette douleur qu’il ne parvient pas à éprouver et en mal d’inspiration pour son prochain roman, accepte d’aider Yoichi en gardant ses enfants durant son absence. Une expérience qui va le transformer.

 

Une formidable exploration des sentiments

« C’est l’histoire d’un homme qui n’a pas pu pleurer à la mort de sa femme », résume la cinéaste. Le point de départ du film donne lieu à une formidable exploration des sentiments d’un personnage tout en contradictions qui lutte aussi avec la part obscure de lui-même. Celle des désillusions qui ont peu à peu enterré ses rêves de jeunesse et l’ont renfermé sur lui-même. C’est au contact de cette autre famille, d’un milieu social très différent, et notamment des enfants, que lui-même a refusé d’avoir, que Sachio va prendre conscience de son humanité et reprendre sa vie en main.

 

Comme chez Kore-eda – on pense au bouleversant Tel Père, tel fils, la fable intime contient en filigrane la critique d’une société japonaise, socialement très clivée et repliée sur un individualisme forcené.

 

On peut d’ailleurs regretter que l’opposition entre les deux hommes, leurs conditions de vie, la façon d’exprimer leurs sentiments soit parfois un peu forcée. Les scènes avec les deux enfants – Schinpei et Akari – suffisent toutefois à illuminer le film dont l’émotion culmine dans une magnifique scène de plage. Là, dans une lumière quasiment surréelle, les deux hommes apaisés, évoquent avec émotion leur femme disparue et Sachio va alors réaliser l’ampleur de sa perte.

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