Jodorowsky's Dune

En seulement trois films, le chilien Alejandro Jodorowsky s'est taillé une réputation de cinéaste hors du commun avec ses œuvres délirantes de créativité. À l'issue de l'exploitation de son plus grand succès, "La Montagne sacrée", il désire s'attaquer à un monument de la science-fiction: le roman Dune de Frank Hebert. Il revient sur ce projet avorté pour lequel il débordait d'ambition…

Jodorowsky's ambition

Dans le milieu des cinéphiles SF, le projet du "Dune" d'Alejandro Jodorowsky en a longtemps fait fantasmer plus d'un. Frank Pavich a choisi d'en faire le sujet pour son premier long-métrage en interviewant le réalisateur, ses proches ou les diverses personnes ayant travaillées sur le projet. Pavich compile parfaitement les interventions par rapport à sa narration. La musique complète à merveille un montage ordonné avec brio qui va même jusqu'à reconstituer les séquences du film à partir du story-board de Moebius.

 

Après un teasing de taille introduit par le réalisateur de "Drive" et une brève présentation du parcours de cet immense réalisateur rappelant aux néophytes son ahurissant univers qui bouscula les codes établis pour une génération de cinéastes, Jodorowsky commence à nous dévoiler son rêve le plus fou: adapter Dune de Frank Hebert (qu'il avoue n'avoir par ailleurs jamais lu) à une époque où ni "Star Wars", ni "Star Trek" n'existaient ! Jodo, comme il aime à se faire appeler, a un égo démesuré, une folie créatrice qui n'a d'égale qu'une ambition incommensurable. Il nous conte avec la ferveur et l'exubérance qu'on lui connait comment, pendant des années, il réussit à s'entourer des meilleurs artistes de l'époque (ses « guerriers » comme il aime à les appeler), du scénariste Dan O'Bannon au designer H.R. Giger et comment, non sans une certaine malice, il séduit les plus grandes stars de l'époque en leurs promettant monts et merveilles (100 000 $ la minute pour Dali, un repas d'un chef étoilé chaque jour pour Orson Welles…). Les autres interventions de Michel Seydoux et Jean-Paul Gibon tempèrent les grandes tirades passionnées du maître toujours prêt à remotiver ses troupes dans l'adversité.

 

Car Jodorowski possède un aplomb extraordinaire et nous offre d'hilarants passages, quand il vient à défendre son projet auprès d'une star qu'il désire comme Mick Jagger, ou les Pink Floyd. Le documentaire révèle avec la plus grande affection, toute la folie créatrice et la personnalité passionnée de Jodorowky ainsi que son amour le plus dévoué à ce projet pharaonique dans lequel il aura investit plus de deux millions de dollars avant de devoir jeter l'éponge. Tout le passage exposant sa recherche de financement auprès des grands studios d'Hollywood fendrait presque le cœur. Même s'il s'est à chaque fois vu opposer le même refus, lui et ses producteurs savent combien le story-board de Moebius a influencé et représente même la pierre angulaire des grands films de SF qui suivront, tels que "Star Wars" ou "Blade Runner". C'est également avec un impressionnant recul et une philosophie admirable, empreinte de fierté, que Jodorowsky revient sur cet échec. Il sait qu'il aura laissé une trace indélébile sur le monde de la science-fiction, que ce soit au cinéma ou ailleurs…

SYNOPSIS: En 1975, le producteur français Michel Seydoux propose à Alejandro Jodorowsky une adaptation très ambitieuse de « Dune » au cinéma. Ce dernier, déjà réalisateur des films cultes « El Topo » et « La Montagne sacrée », accepte. Il rassemble alors ses « guerriers » artistiques, dont Jean Giraud (Moebius), Dan O’Bannon, Hans-Ruedi Giger et Chris Foss qui vont être de toutes les aventures cinématographiques de science-fiction de la fin du siècle (« Star Wars », « Alien », « Blade Runner », « Total Recall » etc.).Le casting réunit Mick Jagger, Orson Welles, Salvador Dali, David Carradine ou Amanda Lear, mais également son jeune fils Brontis Jodorowsky, Pink Floyd et Magma acceptent de signer la musique du film… L’équipe de production recherche 5 millions de dollars pour finaliser le budget et se heurte à la peur des studios hollywoodiens qui craignent le tempérament de Jodorowsky…

 

En 1974, Alejandro Jodorowsky a tenté de monter une adaptation, réputée impossible, de la série de roman SF de Franck Herbert, Dune. Réunissant autour de lui une équipe de génie du graphisme, du jeu et de la musique, il dépensera 2 millions de dollars, avant de devoir jeter l’éponge, le projet s’avérant hors de prix. Ce documentaire de Franck Pavich revient sur le plus grand film de SF qui n’a jamais été fait. Alejandro Jodorowsky est un être à part dans le monde du 7e art. Venu du théâtre classique, il embrasse à pleine bouche les mouvements psychédéliques et spirituels des années 60 et 70. Résultat : il réalise coup sur coup deux films complètement perchés, devenus cultissimes. El Topo en 1970, western métaphysique, où il incarne lui-même le personnage principal, un cow-boy vêtu de noir qui fera d’étranges rencontres sur son chemin, forcément sinueux. Et La Montagne Sacrée en 1973, une autre œuvre ésotérique, qui connaitra un certain succès, notamment en Europe. Son producteur, Michel Seydoux (frère de Jérôme, actuel président de Pathé), lui propose alors de choisir le projet de son choix pour son prochain film. Jodo, comme il aime se faire appeler, a un égo démesuré. Il choisit donc d’adapter le roman culte de science-fiction Dune, de Frank Herbert. Qu’il n’a pas lu d’ailleurs. Commence alors une aventure insensée, que nous narre superbement ce documentaire de Franck Pavich.

 

Projet pharaonique, l’aventure Dune durera deux ans. Deux années passées entre Londres, Paris, Los Angeles et Barcelone, où les guerriers de Jodo (les membres de l’équipe qu’il a réuni autour de lui) se vouent corps et âme à ce que le réalisateur ambitionne comme le plus grand film de tous les temps, une œuvre prophète qui changera le regard du spectateur qui la verra sur le monde. Tout simplement. Le premier de ces guerriers, c’est Moebius, aka Jean Giraud, alors jeune dessinateur Français qui vient alors de sortir un Blueberry qui marque Jodo. À deux, ils mettent au point un storyboard intégral du film à venir, et parviennent, avec le soutien inconditionnel de Michel Seydoux, à réunir petit à petit une équipe éclectique de jeunes talents. Dan O’Bannon, responsable des effets spéciaux du Dark Star de Carpenter, ou H.R.Giger, artiste plasticien sombre qui remportera plus tard un Oscar pour son travail sur Alien (le papa des monstres, c’est lui). Pour la musique, Jodorowski veut engager un groupe par planète présente dans le scénario (!!!). Il rencontre à Abbey Road les Pink Floyd, alors en pleine finition de Dark Side of the Moon, qui acceptent le challenge. A Paris, il parvient à s’assurer, entre autre, la collaboration du groupe undergroud Magma. Mais le véritable exploit de Jodo et ses guerriers tient au casting : le réalisateur souhaite faire jouer à son fils Brontis, 12 ans (!) le rôle de Paul Atreïdes, le héros de l’histoire. Pour cela il engage un spécialiste des arts martiaux afin de faire subir à son fils un entrainement quasi-militaire. Le chilien réussit également à convaincre Orson Welles, David Carradine, Mick Jagger, Amanda Lear et surtout Salvador Dali de participer à l’aventure !

 

Vous vous dîtes surement « mais pourquoi nous raconte-t-il tout le film ? » Parce qu’il y a tellement d’autres choses dans ce documentaire qu’un méga teasing ne fait que vous mettre l’eau à la bouche. D’abord, Jodorowsky lui-même, longuement interviewé, et qui vous explique les acrobaties dont il a dû faire preuve pour convaincre tout ce beau monde de se réunir derrière le projet. Ensuite, le matériau réuni par l’équipe est tel que les illustrations, dessins, photos, et autres costumes montrés à l’image et très malignement montées par Pavich nous permettent de nous faire une idée assez claire de ce que le design général du film aura pu être. Le réalisateur a même l’ingénieuse idée de faire des maquettes 3D des dessins grandioses de Moebius. Le film n’a jamais vu le jour, pour des raisons qui sont clairement définies à la fin de ce film. Nicolas Winding Refn, qui témoigne à plusieurs reprises dans le document, certifie que si Dune avait vu le jour, il aurait profondément changé l’histoire des blockbusters (nous sommes en 75, Star Wars sortira en 77). Mais on ne peut s’empêcher de remarquer deux choses : d’une part, même si les documents préparatoires du film étaient légions et que les choses semblaient s’annoncer très bien pour le tournage, il y a une forte probabilité que le projet ne capote une fois la production réellement lancée, ne serait-ce qu’à cause des stars associées au projet, réputées très très difficiles, et qui n’auraient pas hésité à quitter le navire en cours (Salvador Dali et Orson Welles étant spécialiste de piratages du genre). Surtout, le projet était peut-être bien plus impressionnant à l’état de projet qui influencera la SF jusqu’à aujourd’hui (on retrouve par exemple des éléments de Dune jusque dans le Prometheus de Ridley Scott) que s’il était devenu un film. Nous sommes dans les années 70, et les effets spéciaux et visuels étaient très loin de ce que l’on peut faire aujourd’hui. Un rêve fou vaut probablement mieux qu’une réalité tronquée. Mais rien que pour entrevoir ce rêve, ne manquez pas ce documentaire, passionnant.

Et si Alejandro Jodorowsky était parvenu à rassembler suffisamment d’argent et à convaincre un gros studio américain d’embarquer dans son adaptation de Dune de Frank Herbert?

 

Réalisateur : Frank Pavich | Dans les salles du Québec le 4 avril 2014 (Mongrel Media)

 

Parmi les grands films jamais réalisés, la version de Dune d’Alejandro Jodorowsky occupe sans contredit une place de choix. Si le père des délires cultes El Topo et La montagne sacrée avait été béni des dieux en menant à bien son odyssée, le résultat aurait probablement été le long métrage de science-fiction le plus important du septième art… du moins de l’avis des responsables du documentaire Jodorowsky’s Dune.

Porté par des entrevues éclairantes, un retour sur l’émergence de «Jodo» en tant que réalisateur et une description assez détaillée de cette période où tout était possible (le milieu des années 70), cet essai réalisé par Frank Pavich évoque les rêves les plus fous. Le créateur chilien (également mime, romancier, poète et adepte de tarots) avait carte blanche de son producteur Michel Seydoux pour rassembler une équipe du tonnerre: Orson Welles, Salvador Dali, Pink Floyd, Mick Jagger, David Carradine, Moebius, H.R. Giger (Alien), etc. Le projet est pourtant mort dans l’œuf, faute de moyens financiers.

En matérialisant à l’écran les songes de Jodorowsky, élaborés à partir de nombreux croquis nés de sa propre vision de Dune (il avoue d’ailleurs n’avoir jamais lu le livre original), la mise en scène évite de justesse la succession de têtes parlantes et l’éternelle construction chronologique. L’humour coule à flot et si certains aspects auraient mérité d’être mieux développés, l’ensemble s’avère plus que satisfaisant.

C’est évidemment «Jodo» qui se trouve au cœur de l’effort. En gourou charismatique qui semble en rajouter pour colorer encore davantage ses histoires, il s’avère le grand-père que tout le monde aurait souhaité avoir, même si une certaine noirceur ressort de ses anecdotes: le souffle presque mégalomane de l’artiste tout-puissant prêt à jeter l’argent par les fenêtres pour arriver à ses fins, refusant d’altérer sa vision originelle (son Dune aurait pu durer 12 heures!) et obligeant son jeune fils Brontis à suivre un entraînement intensif d’autodéfense.

Très intéressant documentaire sur le cinéma et la création, Jodorowsky’s Dune s’apparente à une quête spirituelle. Face à d'innombrables difficultés (un art qui tente de survivre face à l’industrie, des thématiques complexes intégrées à la science-fiction (pas toujours prise au sérieux) et une peur de la part des grands studios de s’embarquer dans des grosses productions sortant des sentiers battus), quelques prophètes se tiennent debout avec l’espoir de concrétiser leur chef-d’œuvre. Même si leurs efforts ne portent pas fruits, il ne sont pas vains pour autant: ils auront malgré tout influencé plusieurs générations après eux!

Jodorowsky’s Dune (2013) de Frank Pavich

Jodorowsky's Dune(Documentaire) L’histoire du cinéma est jalonnée de projets avortés qui n’ont jamais vu le jour mais aucun n’a atteint la réputation du Dune de Jodorowsky. Trois ans avant Star Wars, le réalisateur chilien se lance sous la houlette du jeune producteur Michel Seydoux dans la création d’un grand film basé sur le livre de Frank Herbert, réputé inadaptable. Jodorowsky veut en faire plus qu’un film : dans son esprit, ce doit être une œuvre qui ouvre l’esprit, qui change notre vision du monde. Il réunit une superbe brochette de talents : Moebius, Chris Foss, H.R. Giger, Dan O’Bannon (soit la future équipe d’Alien en 1979) pour la création, Orson Welles, David Carradine, Mick Jagger et… Salvador Dali pour l’interprétation, les groupes Pink Floyd et Magma pour la musique. Un story-board de 3 000 dessins est finalisé, enrichi de nombreuses esquisses. Ce projet-fleuve ne fut hélas accepté par aucun studio hollywoodien, les seuls à pouvoir apporter les 15 millions de dollars nécessaires au tournage (1). Quarante ans plus tard, ce documentaire de Frank Pavich nous fait mesurer ce que nous avons raté. Il a longuement interviewé Alejandro Jodorowsky qui en grand conteur nous livre un récit réellement passionnant. Il nous raconte sa vision du film, ses rencontres toutes aussi incroyables et improbables les unes que les autres, avec une multitude de détails. Les autres créateurs apparaissent aussi (à l’exception, hélas, de Moebius et Dan O’Bannon, tous deux décédés). Ce documentaire est loin d’être ennuyeux, il est captivant. C’est aussi une réflexion sur la création car ce projet avorté est finalement la rencontre d’un jeune producteur aventureux avec un créateur débridé.

Elle: –

Lui : 5 étoiles

 

(1) 15 millions de dollars est à l’époque une somme très importante pour un film ; à titre de comparaison, Star Wars sera réalisé pour 11M. Toutefois, même actualisée (15 M de 1975 = 65 M de 2016), cette somme est loin des budgets actuels : le dernier Star Wars a coûté 200 millions. Dans les années 70, le film le plus cher est Superman (55 millions en 1978).

 

Remarques :

* Ce documentaire n’est sorti qu’en 2016 en France. Il est maintenant disponible en coffret DVD avec des suppléments tournés mi-2016 et un épais livret de 132 pages avec des documents intéressants qui complètent le film.

 

* Projets d’adaptation de Dune :

(Le livret du DVD donne beaucoup plus de détails sur ces différents projets)

– 1971 : Arthur P. Jacob (producteur de 4 volets de La Planète des Singes) et Robert GreenHut (futur producteur attitré de Woody Allen) prennent une option. David Lean, Charles Jarrott, Haskell Wexler sont successivement pressentis pour la réalisation. Patrick McGoohan (Le Prisonnier) serait Paul Atreides. L’écriture du scénario se révèle très délicate et l’histoire finit par être charcutée. Le projet sera finalement interrompu par le décès d’Arthur P. Jacob en 1973.

– 1975 : Projet très avancé et ambitieux d’Alejandro Jodorowsky qui ne trouvera pas le financement nécessaire au tournage.

– 1976 : Dino De Laurentiis prend une option sur les conseils de sa fille. Il demande à Frank Herbert d’écrire un scénario (pour 1 M de dollars d’après son ami Norman Spinrad) qui se révèle inutilisable.

– 1979 : Dino De Laurentiis achète de nouveau les droits et confie le projet à Ridley Scott qui vient de terminer Alien (avec l’équipe de Jodorowsky !) Après plusieurs versions insatisfaisantes du scénario, Ridley Scott abandonne pour aller tourner Blade Runner.

– 1983 : Dino De Laurentiis demande à David Lynch de reprendre le projet. Ce sera la première adaptation aboutie :

Dune (1984) par David Lynch avec Kyle MacLachlan et Max von Sydow

un grand échec commercial.

– 2000 : Adaptation en mini-série TV (3 x 95 mn) :

Dune (2000) par John Harrison avec William Hurt et Alec Newman,

une adaptation fidèle au roman mais qui manque d’ampleur. Suivi de Children of Dune en 2003.

– 2007 : Projet de Peter Berg pour la Paramount. Abandonné.

– 2009 : La Paramount confie le projet à Pierre Morel qui finit, lui aussi, par abandonner. Paramount ne renouvelle pas son option.

– Fin 2016 : Legendary Entertainment achete les droits. Le réalisateur pourrait être Denis Villeneuve (réalisateur de Premier Contact et du futur Blade Runner 2049).

Le dormeur va-t-il se réveiller ?

Il existe certains projets mythiques dont on aime se rappeler la légende entre cinéphiles. Ce murmure passionné où l’on a du mal à distinguer le fait de la fable anime les conversations autour de ces films perdus, détruits ou altérés. Qui ne souhaiterait pas voir la version intégrale de GREED, ou encore le MAGNIFICENT AMBERSONS comme l’avait imaginé Orson Welles? Encore plus matière aux ouïes-dires, racontars, anecdotes et suppositions sont ces projets qui n’ont jamais vu le jour. C’est ce DON QUIXOTE de Terry Gilliam (qui, semble-t-il, pourrait bel et bien se produire dans les prochaines années), c’est ce NAPOLÉON de Kubrick, œuvre qui se voulait définitive pour laquelle le cinéaste avait déjà écrit un scénario et effectué une recherche monumentale. L’un de ces mythes qui font rêver, c’est le DUNE d’Alejandro Jodorowsky, cinéaste adulé au début des années 70, figure phare du mouvement psychédélique, auteur, poète et philosophe à ses heures, mais surtout, et c’est ce qui nous importe ici, le plus incroyable, volubile, passionné et inspirant sujet d’entrevue.

 

Ce que ce documentaire nous rapporte ici, c’est le souffle de folie qui animait Jodorowsky, qui, suite à deux succès financiers imposants (EL TOPO et HOLY MOUNTAIN) se fut offrir une offre de production par le producteur Michel Seydoux. « Je veux produire ton prochain film. Fais ce que tu veux. » Spontanément, Jodorowsky répondit « Dune! », sans même avoir lu le bouquin. JODOROWSKY’S DUNE, c’est l’aventure folle et plus grande que nature d’une époque qui nous semble révolue du cinéma, celle de la grandeur des années 70 où le cinéaste auteur régnait en roi. C’est l’époque des Coppola et Lucas et Scorsese et Bertolucci et Tarkovsky. Afin d’écrire son scénario, Jodorowsky s’installa dans un château français que lui loua Seydoux, rien de trop beau! Le cinéaste avait l’intention de changer spirituellement le public mondial, pourquoi pas. Il voulait recréer l’effet des drogues hallucinogènes, sans y avoir recours. Son récit, très peu fidèle au livre original d’ailleurs, aurait supposément donné un film d’une durée de 12 heures. La durée n’est d’ailleurs qu’un des aspects de cette grandiloquence insouciante.

 

Pour former son équipe technique et son casting, Jodorowsky se fie plutôt à l’instinct qu’au curriculum vitae. Il nous raconte comment il a envoyé paître les membres de Pink Floyd qui mangeaient des hamburgers alors qu’il leur offrait « le plus grand chef-d’œuvre cinématographique de l’histoire de l’humanité ». Il souhaitait engager un groupe populaire rock ou hard pour chaque planète parsemant le récit intergalactique. Nous sommes après 2001 mais avant STAR WARS; Jodorowsky rencontre le responsable des effets spéciaux du chef-d’œuvre de Kubrick, et au bout de quelques minutes, décide de quitter, n’aimant pas son esprit trop technique et pas assez spirituel. Ce qu’il avait de besoin n’était pas une équipe, nous dit-il, mais une armée de fidèles. « Je serai leur prophète! » nous dit un Jodorowsky encore si énergique et passionné, malgré son âge avancé.

 

Pour son casting, il parcourt le globe afin de rassembler des personnages hétéroclites tels Mick Jagger, Orson Welles, Salvador Dali et sa femme à l’époque. Le documentaire multiplie les anecdotes incroyables et révélations pas possibles. On songe assez rapidement que le temps a embelli cette histoire, que Jodorowsky en rajoute, et puis pourtant, même si c’est le cas, le documentaire nous prouve qu’un bon conteur peut nous captiver; qu’importent les faits!

 

Pour briser la monotonie qui pourrait s’installer, le réalisateur Frank Pavich a la bonne idée de filmer les croquis, sketches, illustrations de la dream team assemblée par Jodorowsky; le storyboard de plusieurs centaines de pages du bédéiste Moebius, les peintures inquiétantes et sombres de Giger ainsi que les vaisseaux spatiaux colorés de Chris Foss, jusque là illustrateur pour les couvertures de romans de science-fiction. Pavich s’entretient également avec des collaborateurs du projet, comme Michel Seydoux, très généreux ici et nostalgique, ou encore le fils de Jodorowsky, qui a subit un entraînement intensif à raison de six heures par jour pendant 2 ans pour le rôle de Paul Atréides, le protagoniste du récit, qui sera interprété par Kyle MacLachlan dans la version de David Lynch.

 

Car, et c’est bien le tragique de l’histoire, la bible de préproduction du projet qui a circulé, suppose-t-on, dans les couloirs d’Hollywood aura inspiré de nombreux films par la suite, de STAR WARS à ALIEN de Ridley Scott à la version de Lynch. Petit moment sympathique d’ailleurs lorsque Jodorowsky nous avoue qu’à l’époque, il se consolait en pensant que Lynch était le seul autre cinéaste capable d’en faire un grand film, et ensuite petite revanche personnelle lorsqu’il s’esclaffe de l’incohérence et de la médiocrité du long-métrage dans une salle obscure au début des années 80.

 

Ce récit filmé par Pavich sera forcément plus apprécié par ceux qui au-delà du résultat s’intéressent au parcours qui mène à un long-métrage. Bien plus qu’un simple making-of, le film se veut aussi un regard idyllique vers une autre époque, où il nous semble régnait un peu plus de génie et de folie. Accompagné de musique électro et psychédélique, le documentaire reste cependant assez sobre et laisse toute la place à Jodorowsky afin qu’il  nous conte le récit dans ses propres mots, ce qui à coup sûr reste la meilleure manière de découvrir cette préproduction invraisemblable, au risque de douter de l’entièreté de la véracité de son récit. Rythmé et divertissant, le documentaire se place aisément et sans complexes aux côtés des meilleurs films sur le cinéma tels HEART OF DARKNESS, THE KID STAYS IN THE PICTURE et INSIDE DEEPTHROAT. Parce que le récit d’un voyage peut parfois éclipser celui-ci.

TIFF 2013: “JODOROWSKY’S DUNE”

Je suis fascinée par les « et si? » de la vie. Dans le contexte du cinéma, cela s’applique de cette façon: si tel film avait été fait par tel réalisateur, aurait-il été aussi bon et/ou son impact culturel aurait-il été similaire; si tel acteur avait joué tel rôle, comment aurait été notre perception du personnage et/ou aurait-il été aussi mémorable, etc. C’est ce qui m’a amené vers “Jodorowsky’s Dune”, documentaire sur le défunt projet de « Dune » que le réalisateur franco-chilien Alejandro Jodorowsky devait réaliser au milieu des années 70.

 

jodorowsky's dune

 

Un drôle de numéro ce Jodorowsky, réalisateur culte des films « El Topo » et « La montagne sacrée ». Le film commence avec Jodorowsky nous disant ceci :

 

“I wanted to do a movie that would give the people who took LSD at that time the hallucinations that you get with that drug, but without hallucinating. I did not want LSD to be taken, I wanted to fabricate the drug’s effects. The picture was going to change the public’s perceptions. My ambition with “Dune” was tremendous. They gave me all the economic means to do whatever I wanted. So, what I wanted was to create a prophet…”

 

Vous voyez ce que je veux dire? Bien avant le navet de David Lynch ou les mini-séries du début des années 2000, Jodorowsky était censé réaliser « Dune », produit par Michel Seydoux, avec Orson Welles (!), Mick Jagger (!!) et Salvador Dali (!!!) dans des rôles de soutien, ainsi que de la musique écrite par Pink Floyd et Peter Gabriel, entre autres. Bref, le « Dune » de Jodo aurait été grandiose, épique et un chef d’oeuvre, du moins c’est ce que lui et ses collaborateurs semblent croire! Après avoir vu le documentaire, je ne suis pas certaine que ce « Dune » aurait été un chef d’œuvre, j’ai l’impression que les personnalités fortes que sont Dali, Jagger et Welles, entre autres, auraient causé des problèmes enfreignant la cohésion de l’histoire et de la production; quelques indices dans le documentaire nous mènent à croire cela. Reste que, comme le dit le réalisateur Nicolas Winding Refn dans le film, il aurait été intéressant de voir l’impact du « Dune » de Jodorowsky sur le cinéma de science-fiction s’il était sorti, tel que prévu, avant « Star Wars »…

 

Un jeune Jodorowsky (à gauche) avec son producteur et ami Michel Seydoux (droite) et un acteur costumé durant le pré-production du défunt "Dune"

Un jeune Jodorowsky (à gauche) avec son producteur et ami Michel Seydoux (droite) et un acteur costumé durant le pré-production du défunt “Dune”

 

Le documentaire regorge de détails croustillants sur le processus de création grâce à des entrevues avec Jodo mais aussi ses nombreux collaborateurs dans le processus de pré-production (H.R. Giger, Dan O. Bannon, Chris Foss et Moebius), en plus de discuter en détails du mythique storyboard qu’il créa avec l’artiste Moebius et qui sut faire sa place dans tous les films de science-fiction depuis le milieu des années 70! En fait, Giger, Bannon et Foss travaillèrent tous sur “Alien” quelques années après le défunt « Dune »…

 

En tout cas, s’il est une chose, ce Jodo est un GRAND fou, un amoureux du cinéma, de l’art et un incroyable raconteur! Les quatre-vingt-dix minutes du film ont filé tellement rapidement que j’avoue avoir eu un peu de peine à la fin car le charmant Jodorowsky n’était plus là pour me raconter son grand amour déchu, son “Dune”!! J’ai l’impression d’avoir vu le film sans qu’il n’ait été fait: une étrange mais agréable sensation… est-ce le faux effet de LSD qu’il voulait faire vivre à son auditoire? ?

 

Frank Pavich

24 IMAGES RECOMMANDE Par Céline Gobert , 2014-04-03

RÊVER GRAND

 

    Arrêtons nous un instant pour imaginer une folie : Dune, le roman SF culte de Frank Herbert, n'aurait pas été adapté au cinéma par David Lynch, avec dans le rôle principal le chanteur Sting, mais par le chilien Alejandro Jorodowsky, adepte des œuvres métaphysiques (El Topo, La Montagne Sacrée). Continuons : le soundtrack aurait été composé par les légendaires Pink Floyd, on aurait casté David Carradine dans le rôle de Leto, Mick Jagger dans celui de Feyd-Rautha, et mieux encore, Salvador Dali et Orson Welles auraient respectivement interprété l'Empereur et le Baron Harkonnen ! Enfin, pour les décors, on aurait embauché le célèbre dessinateur Moebius (Jean Giraud) et des talents en vogue. Impossible ? Pourtant, c'est le rêve qu'avait imaginé Alejandro Jodorowsky en 1975, épaulé notamment par le producteur Michel Seydoux. Le rêve d'un film qui n’aurait pas été sacrifié, mutilé par les studios - comme l'a été hélas celui de Lynch, sorti une décennie plus tard et que le cinéaste a d'ailleurs renié par la suite.

 

    Jagger, Welles, Dali : tous avaient dit oui ! Et, après deux ans de travail acharné, 3000 dessins de storyboard, un scénario détaillé, des costumes et décors croqués jusqu'au moindre détail et un rêve quasiment à portée de main, le « non » lâché par les studios assassine le fantasme. Personne n'insufflera les millions manquants au projet ultra-avancé du cinéaste, personne ne soutiendra un film signé Jodo - artiste libre qui n'entre dans aucun moule -, personne ne fera ce film-là. Terminé, on passe à autre chose.

 

    Jodorowsky's Dune, présenté à la Quinzaine à Cannes en 2013 et chouchou des festivals depuis, narre cet avortement-là, le naufrage gigantesque, et truffé d'anecdotes savoureuses, d'une fiction qui aurait été folle, stimulante et que le cinéaste désirait tellement délirante qu'elle aurait eu, dit-il, « les mêmes effets qu'une consommation de LSD ». Un « objet sacré » qui aurait changé plus que la face du cinéma, celle de « l'humanité toute entière ». Mélangeant des morceaux d'entrevues avec le cinéaste chilien, conduites sur une période de trois ans, et les témoignages de ses collaborateurs de l'époque (Dan O'Bannon, Chris Foss, ou encore H.R Giger), Jodorowsky's Dune se consacre tout entier à la vision et à l'imaginaire foisonnants et démesurés de l'artiste. Ce n'est pas la chronique d'un échec annoncé, mais davantage celle d'un rêve d'un amoureux du cinéma, d'un ambitieux à qui l'on aurait donné carte blanche.

 

    Ce positivisme créatif qui imprègne chaque parole de Jodo différencie Jodorowsky's Dune du documentaire/making-of Lost in La Mancha de Keith Fulton et Louis Pepe, dont le sujet (L'homme qui tua Don Quichotte de Terry Gilliam, film qui n'a pas vu le jour) rappelle ce dernier. L'acte manqué, Jodo l'a transformé en leçon de vie, et en leçon de cinéma (le danois Nicolas Winding Refn, qui a d'ailleurs dédié son Only God Forgives à Jodo, prend même la parole en digne héritier d'un cinéma aux formes libres) est le cœur battant du film, formellement généreux, et qui n'hésite pas à créer sous nos yeux, et à l'aide des planches de l'époque, l'oeuvre qui n'existe pas.

 

    Frank Pavich ne signe ni un brûlot anti-studios, ni une dénonciation des lâchetés d'Hollywood (mêmes si nous les retrouvons évidemment en filigrane), mais davantage une ode, une apologie de la création libre, de celle qui souffre, qui résulte en un quelque chose de plus grand que l'oeuvre finale : soit, l'acte de création à lui seul. « What is to give light must endure burning », la citation de Victor Frankl qui ouvre le film, annonce d'ailleurs d'emblée la couleur : l'art-lumière, qui illumine et « ouvre les consciences », est aussi l'art qui brûle son créateur, qui abîme celui qui en accouche. Pas de chef d'oeuvre sans douleur. Jodorowsky's Dune, même sans exister « réellement » (mais sa force n'est-elle pas d'exister tout de même dans nos têtes à l'issue de la projection?) est un film précurseur, dont les inventions et les talents ont été utilisés par la suite : le monstre Alien est l'oeuvre de Giger, Star Wars s'inspire du storyboard de Jodorowsky, et on peut retrouver la patte du travail de Jodo et de son équipe de « guerriers spirituels » comme il les appelle dans Prometheus de Ridley Scott, sorti il y tout juste deux ans.

 

    Ce paradoxe (un film-fantôme qui influence la SF au cinéma sur plusieurs décennies) débouche sur les interrogations les plus intéressantes posées par le documentaire : comment et pourquoi faire de l'art une fin en soi (au lieu de se contenter de n'être que l'un des pions d'une industrie)? Qu'est- ce qu'être un artiste, prêt à tout pour défendre sa création et sa liberté (« se couper un bras ou mourir », dit Jodo) ? Est-il nécessaire qu'il y ait un produit final et consommable pour mesurer l'ampleur et la nécessité d'un travail créatif ?

 

    Le Dune de Jodorowsky, et c'est là toute la folie de la chose, existe de mille et une façons possibles : il est documentaire amusant et passionnant, il est bande dessinée (les croquis ont été réutilisés dans L'Incal co-signée par Jodo et Moebius), il est décor dans le Flash Gordon de Mike Hodges, il est point de vue dans le Terminator de Cameron, et il est – surtout - tout ce que l'on imagine qu'il aurait pu être. A nous, en tant que spectateurs impliqués et actifs, de nous affirmer, au cœur de nos imaginations, aussi excessifs, déraisonnables, talentueux que Jodo. A nous de rêver grand, martèle le film, préférant à l'amertume et au ressentiment du géant échec, une triple pulsion fertile : créer, inventer, ambitionner.

Critiques

Retour sur un des films de science-fiction qui aurait pu définitivement marquer les années 70 et l’histoire du cinéma tout court. Au final, le Dune de Jodorowsky n’existera jamais vraiment. À travers ce documentaire, Frank Pavich lui donne une existence presque tangible et prouve que de l’échec peut naître une belle leçon de philosophie sur l’art, la vie et l’ambition.

 

L’argument : Sorti en 1965, Dune, le livre de Frank Herbert est un succès mondial et devient le livre de science-fiction le plus vendu au monde. En 1975, le producteur français Michel Seydoux propose à Alejandro Jodorowsky une adaptation très ambitieuse de Dune, au cinéma. Ce dernier, déjà réalisateur des films cultes El Topo et La Montagne sacrée, accepte. Il rassemble alors ses « guerriers » artistiques, dont Jean (Moebius) Giraud, Dan O’Bannon, Hans-Ruedi Giger et Chris Foss qui vont être de toutes les aventures cinématographiques de science-fiction de la fin du siècle (Star Wars, Alien, Blade Runner, Total Recall etc.). Le casting réunit Mick Jagger, Orson Welles, Salvador Dali, David Carradine ou Amanda Lear, mais également son jeune fils Brontis Jodorowsky, Pink Floyd et Magma acceptent de signer la musique du film… L’équipe de production recherche 5 millions de dollars pour finaliser le budget et se heurte à la peur des studios hollywoodiens qui craignent le tempérament de Jodorowsky… Jodorowsky’s Dune retrace l’extraordinaire épopée de ce film fantôme qui devait être « le plus grand film de l’histoire du cinéma » et changer à jamais la face du 7ème art.

 

Notre avis : Présenté à Cannes en 2013, Jodorowsky’s Dune aura pris du temps avant une sortie officielle sur les écrans français. Ayant tout de même tourné dans pas mal de festivals, le documentaire a acquis une bonne réputation, dévoilant dans le détail ce projet démesuré qu’avait eu Jodorowsky au milieu des années 70. Le film nous plonge d’ailleurs dès son introduction dans cette époque, notamment avec la musique synthétique analogique très typée Tangerine Dream/Klaus Schulze/kosmische musik assurée par Kurt Stenzel. Une des ambitions du cinéaste quand il s’est lancé dans Dune était de produire chez le spectateur les effets du LSD. Fidèle à son image de mystique halluciné, sa version très libre du roman de Frank Herbert raconterait la création d’un prophète et la naissance d’un Dieu pour illuminer l’univers. Il reverrait absolument tous les codes de la science-fiction au cinéma. Hélas, jamais un projet n’a été aussi avancé avant d’échouer. En résulte selon le réalisateur Richard Stanley (Hardware, Le Souffle du Démon) un des films les plus influents jamais tournés. En effet, un livre monumental a été conçu, rassemblant tout le storyboard de Moebius (3000 dessins), le design des costumes, des vaisseaux, les peintures de Giger et Chris Foss, etc. Ce Saint Graal a circulé dans tous les grands studios d’Hollywood et de nombreuses idées ont finalement atterri dans d’autres films, Alien pour sûr mais aussi des longs métrages de science-fiction très variés sont évoqués (La guerre des étoiles, Flash Gordon, Les aventuriers de l’arche perdue, Terminator, Les maîtres de l’univers, Prometheus) qui auraient repris des éléments du Dune de Jodorowsky. Le livre est si volumineux et détaillé que Nicolas Winding Refn (Le guerrier silencieux, Drive, Only God forgives) affirme pour sa part que le film existe et qu’il est génial car non seulement il a pu voir ce qui se trouvait dedans mais en plus Jodorowsky lui a raconté chaque séquence du film comme s’il se déroulait devant ses yeux.

 

Le documentaire de Frank Pavich offre un rapide background pour présenter Jodorowsky, en s’arrêtant sur ses pièces de théâtre d’avant-garde au Mexique dans les années 60 puis son premier film scandaleux, Fando y Lis (1967), qui sera suivi par deux œuvres cultes au succès inattendu, El Topo en 1970 puis La montagne sacrée en 1973. Ayant obtenu un million de dollars pour faire ce dernier film, il fallait pour Jodorowsky taper encore plus fort pour la suite. Son producteur Michel Seydoux lui donne carte blanche. C’est alors que Jodorowsky cite le livre de Frank Herbert initialement publié en 1965 mais déjà un classique. Le comble c’est qu’il ne l’a même pas lu. Hollywood leur cède les droits pour une bouchée de pain car le roman est réputé inadaptable. Un château est loué pour travailler sur le projet durant les deux ans et demi qui vont suivre. Jodo doit alors constituer une équipe de « guerriers » et il est indéniable qu’il avait le flair pour repérer les génies de son époque. Il convoque d’abord Moebius dont les dessins deviennent sa caméra. Il embauche ensuite Dan O’Bannon, découvert avec Dark Star, aux effets spéciaux après avoir refusé de collaborer avec Douglas Trumball dont l’esprit trop business ne colle pas du tout à son entreprise artistique. Pour convaincre les gens, Jodo a des méthodes infaillibles et l’entendre raconter ces anecdotes est un pur régal. Dans le cas d’O’Bannon, c’est une marijuana très spéciale qui fera l’affaire. L’équipe se construit donc ainsi et le casting est un des plus hallucinants qui soit : David Carradine (qu’il séduit avec des vitamines E), Udo Kier (qu’il a connu par le biais d’Andy Warhol) mais aussi Mick Jagger, Orson Welles (à qui il promet son chef français préféré) ou encore Salvador Dali (qui aurait été l’acteur le mieux payé d’Hollywood, avec ses 100 000 dollars la minute) et sa muse Amanda Lear. Pour la musique, les anglais de Pink Floyd avaient accepté de faire l’environnement sonore de la planète Arrakis alors que les français de Magma auraient assuré celui de la maison Harkonnen.

 

Ce casting des plus improbables est dévoilé au fur et à mesure qu’on avance dans le documentaire. Le propre fils de Jodorowsky, Brontis, alors tout jeune adolescent, aurait incarné Paul Atreides et s’est entraîné intensément pendant ces deux ans et demi à toutes formes d’arts martiaux et autres pratiques acrobatiques. Chris Foss, connu pour ses couvertures de livres de science-fiction, est embauché pour le design des vaisseaux, ainsi que H.R. Giger dont l’univers très sombre et gothique colle parfaitement à la vision qu’a Jodorowsky de la maison Harkonnen. Ces deux artistes, en compagnie de Dan O’Bannon et Moebius, seront tous engagés pour travailler sur le film de Ridley Scott, Alien – Le 8e passager (1979), qui pour le coup n’aurait jamais vu le jour si Jodorowsky n’était pas passé par là auparavant. Ainsi, le documentaire de Frank Pavich, au travers d’interviews avec Jodorowsky et quelques-unes des personnes impliquées (que ce soit en France, en Suisse, en Angleterre ou aux Etats-Unis) nous donne peu à peu à imaginer ce qu’aurait donné ce projet, et cela fonctionne. Certaines animations simples donnent vie aux dessins et aux tableaux. Mais plus encore c’est le génie de la création qui est dévoilé et qui s’éloigne tellement du milieu de l’argent et du business hollywoodien. Jodorowsky aime le cinéma et l’art plus que tout et il en parle avec un dynamisme habité. Malgré ses 84 ans lors du tournage, sa passion est intacte et se ressent d’ailleurs dans son dernier film, le magnifique La Danza de la realidad.

 

Du premier plan séquence inspiré de La Soif du mal de Welles jusqu’au dénouement final, les séquences de son film avorté sont racontées en détail et nous mènent à croire que le film, quel que soit le résultat, n’aurait ressemblé à aucun autre. Ayant pris des libertés iconoclastes avec le texte original, Jodo fait du duc Leto un eunuque et sa femme aurait été enceinte avec une simple goutte de sang, ce qui aurait fait de Paul le fils du plaisir spirituel et non sexuel. Le cinéaste en vient même à dire qu’il a « violé » le texte de Herbert, mais « avec amour ». Au final, ce projet d’une vie (Jodo affirme qu’il se serait coupé les bras pour ce film) fera peur à tous les studios, pas seulement en raison de la personnalité de Jodorowsky mais aussi à cause de la longueur du film qui aurait pu dépasser les douze heures ! Jodorowsky’s Dune devient ainsi un bel éloge de l’ambition sans limites, ce sentiment qui, selon Jodo, permet de toucher à l’immortalité. C’est pourtant avec modestie qu’il avoue qu’il serait ravi si un cinéaste faisait de ce projet un film d’animation en utilisant toutes les techniques modernes. Gardant son pouvoir magnétique, Jodo nous émeut, nous fait rire, nous donne à réfléchir. Parfois drôle, parfois enragé, il peut s’emporter contre le système hollywoodien ou converser avec son chat mais se révèle toujours être un fabuleux conteur. Frank Pavich a su instaurer une confiance qui en fait un documentaire absolument jouissif à regarder, même si la forme est très sage et classique en opposition complète avec la personnalité du bonhomme. On en retire une leçon de vie très positive, qui mène à considérer tout échec comme un changement de direction, un parcours nécessaire pour renaître et aussi cette volonté de changer le monde par les rêves. C’est d’ailleurs durant ce tournage que Michel Seydoux proposera à Jodorowsky qu’ils retravaillent ensemble. Cela a donné La Danza de la realidad, la preuve même qu’un échec peut mener à une réussite. Au bout du compte, il nous reste aujourd’hui le Dune de David Lynch, qui sera réalisé en 1984 après que la récupération des droits par la fille de Dino de Laurentiis. Ratage absolu pour certains (Jodo y compris, bien entendu) ou chef-d’œuvre grotesque, c’est là une autre histoire...

 

à voire-à-lire

Source de fantasmes cinématographiques s’il en est, le roman Dune de Frank Herbert est toujours en attente d’une adaptation digne de ce nom. On se souvient bien évidemment du seul film que David Lynch en soit venu à renier, un peu moins de la mini-série tout à fait dispensable du début des années 2000. Encore récemment, en 2011, un projet d’adaptation fut relancé par la Paramount, puis abandonné. Jodorowsky’s Dune nous replonge dans la toute première de ces tentatives. Nous sommes alors en 1975, soit deux ans avant la sortie du premier Star Wars. Quand il s’attaque à l’adaptation du célèbre roman de Frank Herbert, le célèbre représentant du psychédélisme cinématographique qu’est Alejandro Jodorowsky est au sommet de sa folie artistique. Entouré des plus incroyables partenaires (Dali, Orson Welles, HR Giger, Moebius, Mick Jagger, les groupes Pink Floyd et Magma…), il n’ambitionnait rien de moins que de faire de Dune « le film le plus important de l’histoire de l’humanité ».

 

La première chose qui saute aux yeux devant le film de Frank Pavich, c’est qu’il est un produit parfaitement calibré pour répondre aux canons télévisuels les plus éculés – triste contradiction pour une production qui narre l’ambition qu’avait Jodorowsky de bouleverser les codes hollywoodiens. Mais il faut tout de même reconnaître que le récit qu’il dévoile est habilement mené, notamment lorsqu’il laisse deviner les liens entre cet échec et la fin d’une certaine conception du grand cinéma de divertissement. Car, au-delà du coup d’arrêt de la carrière du cinéaste, l’histoire qui nous est racontée préfigure d’une certaine manière le grand virage du cinéma hollywoodien de la fin des années 70.

 

Space Don Quichotte

Dune est un roman de science-fiction à l’univers si riche, si complexe, qu’il peut sembler totalement opaque au non-connaisseur qui ose s’y aventurer. Loin de vouloir simplifier le contenu original, Alejandro Jodorowsky travaillait au contraire à l’enrichir, à le rendre plus fou, plus mystique encore. À l’incontournable dichotomie du cinéma écartelé entre art et industrie, le réalisateur répond dès l’ouverture du documentaire : il est un art, et ne doit donc avoir aucune limite en terme de créativité. Il fallait ainsi réunir les plus grands, les plus inspirés de l’époque, seule garantie d’être à la hauteur d’une telle adaptation. Cette science-fiction là allait enfin faire le pont entre l’avant-garde et la culture pop, entre l’underground et le cinéma grand public, entre les maîtres vieillissants et les nouvelles pousses. Elle serait un nouveau et grand manifeste surréaliste, cinématographique cette fois, en même temps qu’un voyage spirituel qui changerait la face du monde.

 

Quiconque a déjà entendu Alejandro Jodorowsky parler a pu se rendre compte à quel point il est un conteur hors pair. Du haut de ses 84 ans au moment du tournage du documentaire, celui qui fut une des dernières figures du surréalisme revient ainsi sur l’élaboration de ce projet pharaonique. De ses histoires, tout est simplement impensable à l’heure actuelle. Il faut l’entendre raconter sa manière d’approcher Orson Welles dans un restaurant parisien pour lui proposer le rôle du baron Harkonnen, ou encore décrire le plan d’ouverture du film, dont l’ambition a de quoi encore laisser rêveur aujourd’hui. Ces récits sont déjà en eux-mêmes un grand spectacle, tous si improbables qu’ils en deviendraient plausibles. Or que reste-t-il de tout cela ? Quasiment rien, si ce n’est une bible, énorme ouvrage comprenant le story-board de Moebius et les dessins préparatoires de Giger, entre autres.

 

Les belles histoires méritent d’être embellies

Bien entendu, Jodorowsky’s Dune n’est pas de ces documentaires qui incitent à prendre de la distance vis-à-vis de la succession de légendes qui nous sont exposées : sa seule et unique fonction est de nous révéler à quel point ce Dune-là aurait été fabuleux. Les airs de making-of promotionnel qu’il emprunte par moments se révèlent d’ailleurs assez agaçants. Mais une dimension plus intéressante se révèle peu à peu derrière cette surface un peu lisse. Nous revivons en effet le montage du projet comme un de ces points de jonction de l’histoire, où plusieurs chemins se dessinent, incitant à se demander après coup « et si… ? ». Le film aurait peut-être, par sa simple ambition, éclipsé la sortie de Star Wars, qui sait… À moins qu’il n’ait été un échec tonitruant, anticipant celui de La Porte du paradis de Michael Cimino, précipitant ainsi encore plus la fin du Nouvel Hollywood.

 

 Jodorowsky’s Dune est ainsi empreint d’une discrète mélancolie, celle de l’échec d’une certaine contre-culture à franchir le cap des années 80, si ce n’est pour les initiés. On repense par exemple à George Romero, qui lui aussi débordait d’ambition pour un Day of the Dead pensé comme l’apogée spectaculaire de sa trilogie des morts vivants. On le sait, Romero accoucha à l’arrivée d’un film fauché encore aujourd’hui mésestimé, tandis que déferlaient sur les écrans les grosses machines de Lucas, Spielberg et Zemeckis. L’époque avait changé, Hollywood aussi. Une partie de l’équipe réunie par Jodorowsky pour Dune se retrouvera néanmoins sur le premier Alien, contre-point saisissant de noirceur à la science-fiction grand public de Star Wars. Mais plus aucune production hollywoodienne du genre ne bénéficiera d’une ambition aussi totale que celle que Jodorowsky avait pour son Dune. Certains réussiront bien à ruser par la suite, détournant des projets à la barbe de studios pour les rendre plus subversifs qu’ils n’en avaient l’air de prime abord (Verhoeven avec son génial Starship Troopers, s’il ne fallait en citer qu’un). Mais Jodorowsky avait pour lui cette croyance qu’un tel projet pouvait avancer en pleine lumière. C’était bien sûr sans compter qu’Hollywood n’a jamais cessé d’être une industrie, et ce même dans ses époques en apparences les plus libres. Quarante ans après son échec, une lueur réapparaît dans son regard dès lors que le réalisateur se met à décrire des scènes de son faramineux Dune, exprimant tour à tour folie, amertume, rage, et un désir absolu de cinéma. Or c’est quand il laisse cette lueur-là vivre que le documentaire de Frank Pavich est de loin le plus convaincant.

Sorti en 1965, « Dune », le livre de Frank Herbert, est un succès mondial et devient le livre de science-fiction le plus vendu au monde.

En 1975, le producteur français Michel Seydoux propose à Alejandro Jodorowsky une adaptation très ambitieuse de « Dune », au cinéma. Ce dernier, déjà réalisateur des films cultes « El Topo » et « La Montagne sacrée », accepte.

Il rassemble alors ses « guerriers » artistiques, dont Jean (Moebius) Giraud, Dan O’Bannon, Hans-Rudi Giger et Chris Foss qui vont être de toutes les aventures cinématographiques de science-fiction de la fin du siècle (Star Wars, Alien, Blade Runner, Total Recall, etc.).

Le casting réunit Mick Jagger, Orson Welles, Salvador Dali, David Carradine ou Amanda Lear, mais également son jeune fils Brontis Jodorowsky, Pink Floyd et Magma acceptent de signer la musique du film…

L’équipe de production recherche 5 millions de dollars pour finaliser le budget et se heurte à la peur des studios hollywoodiens qui craignent le tempérament de Jodorowsky…

« Jodorowsky’s Dune » retrace l’extraordinaire épopée de ce film fantôme qui devait être « le plus grand film de l’histoire du cinéma » et changer à jamais la face du du 7ème art.

 

En ver et contre tous

 

Il n’y a pas grand chose à ajouter après ce résumé long comme un ver des sables, si ce n’est que Jodorowsky’s Dune, le film de Frank Pavich, est une véritable torture ! Pas qu’il soit mauvais, bien au contraire ! Mais tout simplement parce qu’il nous fait en effet miroiter ce qui aurait pu être le film de SF le plus incroyable et le plus renversant jamais vu. Il est toujours facile d’utiliser ce genre de superlatifs lorsque le projet n’existe que sur papier… bon nombre de films étaient des merveilles sur papier et de grosses bouses à l’arrivée (non, pas de noms). Mais quand on se prend à imaginer les bribes de scénario ou de storyboard aperçues dans Jodorowsky’s Dune sur grand écran avec un budget suffisant, il y a de quoi défaillir de frustration que ce projet n’ai pas pu voir le jour.

 

La frilosité des studios face à l’énormité du concept et surtout face à l’incompréhension du personnage qu’est Alejandro Jodorowsky aura eu raison de ce Dune qui restera donc un fantasme.

 

Bien que traitant d’un sujet hors-normes, le documentaire de Frank Pavich reste très classique dans sa structure et présente un montage de différentes interviews de Jodorowsky, de certains ex-futurs collaborateurs et d’images d’archives, dont Michel Seydoux, Nicolas Winding Refn, Brontis Jodorowsky, Christian Vander, Chris Foss ou encore H.R. Giger peu avant sa mort. Certains éléments des storyboards ou des croquis sont occasionnellement mis en mouvement (comme le fameux plan d’intro qui traverse l’espace), ce qui ajoute encore aux frissons provoqués par le potentiel du projet.

 

Le documentaire nous console à peine quand Jodorowsky explique que bon nombre de concepts écrits ou dessinés pour ce Dune avorté ont été « recyclés » et même développés plus avant dans les BD L’incal (avec Moebius) ou La caste des Métabarons (avec Juan Giménesz)… comme il n’y aura pas moyen de mettre la main sur l’énorme livre (regroupant les archives) vu dans le documentaire, vous savez où retrouver certaines de ces merveilles perdues…

Dans ce documentaire passionnant, le réalisateur Alejandro Jodorowsky revient sur sa tentative d’adapter au cinéma le célèbre livre de science-fiction de Frank Herbert au milieu des années 70. Une entreprise à l’ambition folle qui n’a pas abouti mais laisse derrière elle des archives fascinantes et une influence indéniable sur l’histoire du cinéma.

 

Au début des années 70, Alejandro Jodorowsky, réalisateur illuminé mais néanmoins talentueux, rencontre un succès surprise - notamment en Europe - avec deux films étranges devenus cultes El Topo (1970) et La Montagne sacrée (1973). En 1975, le producteur français Michel Seydoux donne carte blanche au metteur en scène qui choisit d’adapter Dune de Frank Herbert, le livre de science-fiction le plus vendu au monde.

Pour ce projet, l’artiste Jodorowsky voit grand, très grand. Il assemble autour de lui une équipe incroyable, derrière et devant les caméras, des “guerriers spirituels” pour mener à bien ce qui sera, il l'assure, “le plus grand film de l’histoire du cinéma”. Malheureusement les grands studios hollywoodiens ne seront pas transportés par l'enthousiasme du réalisateur et sa vision restera un film fantôme, un fantasme pour cinéphile hantant pour toujours le cimetière des films perdus. Le documentaire Jodorowsky’s Dune dévoile les coulisses de cette épopée extraordinaire, une entreprise maudite qui n’a jamais abouti mais a pourtant marqué à jamais le 7ème art.

 

Casting quatre étoiles

Conforté par le succès de ses films précédents, Jodorowsky possède une grande liberté sur le choix de l’équipe qui va l’accompagner dans l’aventure hors du commun qui s’annonce. Celui qui considère le cinéma comme un art à part entière s’est fixé un objectif plutôt ambitieux : que son film fasse sur le spectateur l’effet du LSD, sans qu’il ait besoin de consommer de la drogue, et qu’il soit comme un “prophète pour la jeune génération”, rien que ça. Avec une telle volonté, rien d’étonnant à ce que le casting démarché par Jodorowsky pour le film soit absolument dantesque. Pour son film précurseur, le metteur en scène choisit David Carradine pour jouer le rôle principal, il arrive à convaincre son idole Orson Welles de jouer l’imposant baron Harkonnen et complète ce casting prometteur avec Udo Kier et… Mick Jagger !

Porté par un enthousiasme contagieux, la fantasque réalisateur va même jusqu’à décrocher l’accord de Salvador Dali, artiste excentrique génial et difficilement contrôlable, qui rejoint l’aventure malgré des demandes plus farfelues les unes que les autres. Qui d’autre en effet pour jouer l’empereur fou de la Galaxie ?

 

La bande son de Dune selon Jodorowski s’annonçait là aussi mémorable. Avec l’idée de faire composer l’univers sonore de chaque planète par un groupe différent, le cinéaste avait réussi à intégrer à bord le groupe Magma et les Pink Floyd. De ces premiers contacts et transactions, il reste des anecdotes savoureuses que Jodorowsky et les acteurs de l’époque racontent dans le documentaire. Mais ce film maudit n’a pas laissé derrière lui que des souvenirs amers et des promesses non tenues : l’incroyable ambition visuelle du metteur en scène et sa volonté de s’entourer des meilleurs ont permis d’influencer durablement, malgré l’échec de la production, la science-fiction au cinéma.

 

Jodorowsky’s Dune © Sony Pictures Classics

 

Vaisseaux très spéciaux

L’adaptation du roman de Frank Herbert selon “Jodo” n’a jamais atteint les salles obscures mais elle existe dans des livres envoyés aux grand studios hollywoodiens quand la production, qui avait déjà récolté 10 millions de dollars, tentait de réunir les 5 derniers millions nécessaires pour boucler le budget et commencer à tourner. Dans ces pavés impressionnants, dont le cinéaste feuillette un exemplaire dans le documentaire, on retrouve tous les dessins préparatoires et les esquisses de ce qu’aurait pu être l’univers visuel de Dune. Et à l’image du casting, les croquis dévoilent un projet très ambitieux, tellement en avance sur son temps qu’on a du mal à imaginer ce qu’aurait pu donner le résultat dans le contexte de production et les avancées de la technique cinématographique au milieu des années 70. Dans ce livre énorme, mémoire en papier du projet avorté, on retrouve le sublime storyboard entièrement réalisé par Jean Giraud alias Moebius, qui a couché sur papier la vision de Jodorowsky à travers près de 3 000 dessins. Les autres précurseurs dans l’équipe du cinéaste se nomment Dan O’Bannon, technicien responsable des effets spéciaux du Dark Star (1974) de John Carpenter, Chris Foss, dessinateur de couvertures de livres de science-fiction chargé de réaliser de flamboyants vaisseaux spatiaux colorés, et H.R. Giger qui réalisera par la suite le monstre de la saga Alien.

 

Il y a évidemment une note d’amertume quand le cinéaste de 84 ans explique qu’il n’a jamais pu convaincre les studios pour financer son film tel qu’il l’imaginait. Il faut dire que les studios se méfiaient de ce réalisateur farfelu et, malgré un projet viable sur le papier, ils n’étaient pas prêts à laisser les clés d’une telle entreprise à Jodorowsky, qui n’admettait aucune concession sur sa vision, comme par exemple raccourcir la durée du film. Et pourtant, malgré ce sentiment d’inachevé et de frustration face à ce qu’aurait pu être Dune “version Jodo”, le film existe d’une certaine façon : son ombre fantomatique plane sur de nombreux films de science-fiction réalisés après lui. Si une partie de l’équipe des effets spéciaux se sont attelés par la suite à rendre crédible les monstres d’Alien, le documentaire pointe du doigt, de Star Wars à Matrix, les possibles influences de la somme de travail considérable laissée par ce projet inachevé. Une belle revanche pour un film inexistant qui survit dans l’imaginaire cinéphile collectif.

 

Le voyage dans les méandres de ce projet fou est incontournable pour tous les cinéphiles et/ou fans de science-fiction. Ce documentaire fait — presque — oublier l’immense déception de l’adaptation tentée par la suite par David Lynch en 1984. Et qui sait, comme le suggère Alejandro Jodorowsky lui-même, peut-être qu’un jour le storyboard sera adapté dans une version animée, avec ou sans lui. Tous les éléments pour le faire sont disponibles assure le cinéaste. On en salive d’avance !

 

 

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